Le tribunal de grande instance de Dijon a rejeté Lundi la demande de Chantal Sebire d’euthanasie active. Le président du tribunal a jugé cet acte comme un délit. La loi française, dite loi de Léonetti, votée le 22 avril 2005, n’autorise pas l’euthanasie mais ” reconnait le droit aux malades en fin de vie de refuser tout traitement et le droit de soulager leurs souffrances par coma artificiel”. L’avocat de Mme Sébire, Me Gilles Antonowicz, vice président de l’ADMD, Association pour le droit de mourir dans la dignité, a surtout plaidé les ” limites et évidentes contradictions ” de la loi Leonetti.
Cette ancienne maîtresse d’école âgée de 52 ans et mère de trois enfants, souffre depuis huit ans d’un cancer évolutif des sinus et des cavités nasales très rare, appelé eusthésioneuroblastome, qui la défigure et la fait énormément souffrir. Elle a décidé de ne pas faire appel de cette décision. Elle a déclaré vouloir partir à l’étranger, dans des pays comme la Suisse, la Belgique ou les Pays Bas, où l’aide à mourir est légale. Seuls 200 cas d’eusthésioneuroblastome ont été recensés jusqu’ici. Cette maladie atteint les sens et le cerveau progressivement.
Un médecin généraliste du Vaucluse, Bernard Senet, membre de l’ADMD, avait déjà accepté la la proposition de la victime, avec l’accord de la justice : ” Mme Sebire est aveugle, de plus en plus handicapée et affaiblie par la maladie. Elle a besoin d’être aidée. On est à la limite entre le suicide assisté, tel qu’il se pratique en Suisse, et l’euthanasie, comme en Belgique. ”
Un conseiller de l’Elysée avait déjà contacté Chantal Sebire pour lui proposer un dernier avis médical pour s’assurer que ” toutes les ressources de la médecine sont épuisées “. François Fillon quant à lui, avait déclaré être ” aux limites de ce qu’on peut dire, de ce que la loi peut faire “. Rachida Dati avait, elle, prévue d’avance la réponse négative du tribunal : ” ce n’est pas notre droit. Nous avons fondé notre droit, et aussi bien la Convention européenne des droits de l’Homme, sur le droit à la vie (…) A titre personnel, je considère que la médecine n’est pas là pour administrer des substances létales.”
Ce nouveau cas relance le débat de l’euthanasie légale en France, sujet encore tabou dans notre société. En 1998, l’état de l’Oregon aux Etats Unis avait adopté la loi ” mort dans la dignité “. Quelques précautions : avoir une espérance de vie de moins de six mois, être jugé par un médecin compétent sain d’esprit et capable de prendre cette décision, et trouver un médecin qui accepte de préparer l’injection létale, ou ” cocktail mortel “. Plus de 300 habitants de l’Oregon ont depuis bénéficié de cette loi, dont Ray Carney, âgé de 84 ans et souffrant d’un cancer de la gorge. Les médecins lui prédisaient une mort lente par étouffement. Compassion and Choices, une association américaine qui défend le droit au suicide assisté, a déclaré qu’il n’y avait ” pas eu de morts en masse comme le prédisaient les adversaires de la loi “.