Un amendement constitutionnel a été voté jeudi matin par le parlement turc pour autoriser le port du voile dans les universités. Le pays, officiellement laïc, en majorité musulman, interdisait cette pratique depuis des décennies. L’amendement a été voté à 401 voix contre 110 et nécessite une modification de la constitution. Un des articles du projet explique que “personne ne peut être privéde son droit à l’éducation supérieure”. Un second vote est prévu samedi. Ce week-end, plus de 120 000 personnes ont défilé dans les rues d’Ankara pour protester contre la nouvelle legislation, en vain.
Ce débat creuse encore le fossé entre le gouvernement et l’opposition majortairement musulmans, et le camp laïc soutenu par l’armée. Mais plus avant, d’autres débats sont ouverts. L’avenir de la laïcité dans un pays démocratiquement fragile. D’un côté, un tel amendement favorise l’entrée dans les études supérieures des jeunes filles pratiquantes, pour qui l’accès aux universités était jusqu’à présent interdite. Mais les étudiantes laïques s’effraient de cette décision et craignent que la pression augmente pour leur imposer le port du voile.
Au parti républicain du peuple, cet amendement est vécu comme un premier pas vers un pays islamique : “la question n’est pas le foulard mais la laïcité” dénonce un des élus du parti Kemal Anadol. Ainsi l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne risque d’être décredibilisé par cette récente décision.
