Publié par : nesshel8 | 20 décembre 2007

La précarité, près de chez vous, une réalité

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Nice Nord, avenue Compte de Falicon, 14h30. Devant le bâtiment délabré des Restos du coeur, une vingtaine de personnes attendent des sacs de nourriture, des habits distribués, de l’aide. Elles attendent que leur chance tourne.

Nadège Ibrahim a 27 ans. Mère de deux enfants en bas âge (un garçon de quatre ans et une fille d’un an et quatre mois), elle survit avec 900 euros par mois et beaucoup de courage. Les Restos du Coeur, c’est son quotidien depuis un an déjà : « pour moi, c’est un dépannage ». Un dépannage utile. Son mari, peintre de formation, est au chômage depuis 5 ans. Il a été licencié après avoir demandé à son ancien patron un CDI, explique-t-elle. Aujourd’hui, il arrive en fin de droits d’allocations chômage, il doit s’adresser à sa mairie et retirer un dossier de rmiste.

Mais le RMI, ce n’est pas pour lui. Sa femme est en congé parental et en temps normal, elle gagne trop : « pour y avoir droit, il faudrait que j’abandonne mon boulot, je peux pas me permettre de risquer un CDI à 900 euros pour toucher 500 euros de RMI. » Sur un mois de salaire, ce qui reste ne pèse pas lourd : « J’ai une autorisation de découvert de 150 euros pour 15 jours. Mais je paye des intérêts, parce que le découvert, il dure plus longtemps que ça ».

Nadège n’est pas un cas isolé, beaucoup de gens vivent des situations semblables. Pour Annie Castel, responsable du centre Restos du Coeur de Nice Nord, les SDF sont loin d’être les seuls à fréquenter son association : « ici on accueille surtout des familles mono parentales, des retraités, des gens qui n’ont pas de prestations,(…) »

Le logement joue un rôle dans la précarité

Nadège n’a pas droit aux logements sociaux. A 900 euros par mois, elle peut bien se payer un studio, lui répond-on. C’est ce qu’elle fait, pour 700 euros de loyer, dont la moitié financée par la CAF (Caisse d’allocations familiales). Un 3 pièces pour quatre, meublé.

Comme beaucoup, elle a le sentiment que les logements sociaux ne sont pas attribués à ceux qui en ont le plus besoin. Nadia Aouassi, militante de l’association Don Quichotte à Nice, dénonce : « en 2003, ma propriétaire a voulu vendre ses appartements. Mais avec mon salaire et sans garant, je n’ai pas réussi à trouver où me loger. (…) Côte d’Azur Habitat (OPAC de Nice) n’a pas voulu m’accorder de logement social. (…) Ils les gardent pour les gens privilégiés. (…) Les villes du littoral ne veulent plus des pauvres, elles les chassent. » Le logement joue un rôle important dans la précarité sur la Côte d’Azur.

En 2007, 1274 logements ont été attribués par Côte d’Azur habitat, pour 4000 demandes enregistrées. D’après Anne Ramos, directrice de cabinet du directeur général du CAD (Côte d’Azur habitat), les bénéficiaires de ce type de logement sont les personnes « qui ne peuvent s’assurer d’un logement convenable au prix du marché privé. »

Un prix inaccessible pour beaucoup. Mme Musso, responsable du service d’Action sociale à la solidarité et à l’insertion au CCAS (Caisses des centres d’activité sociale) de Cannes, l’a constaté : « c’est sûr, les loyers sont trop chers sur le littoral. (…) On voit beaucoup de gens exclus par leur propriétaire. (…) Il y a une discrimination aux moyens d’existence, les familles nombreuses en pâtissent aussi. »

« Qu’est-ce qu’on fait quand on ne sait plus à qui s’adresser ? »

Depuis que son mari est chômeur, Nadège a du mal à trouver un interlocuteur. La CMU lui refuse les soins gratuits, l’OPAC lui refuse un logement social, elle se sent délaissée par l’assistante sociale, qui, témoigne-t-elle, la renvoie sans cesse vers de nouvelles associations : « je fais des ménages.(…) Ma fille, je peux pas la mettre à la crèche et mon mari ne trouve pas de travail parce qu’il n’a pas le permis de conduire. C’est trop cher pour nous, et même s’il travaillait, il n’aurait pas le temps de le passer. »

Mme Musso appartient à ce genre d’institutions. Pour elle, il est difficile de gérer tous les cas, les structures sont surchargées, et pour accueillir tout le monde, les durées de séjour sont limitées : « la villa Baltz à Cannes, c’est 15 studios T1 pour les femmes avec enfants. Ils sont à leur disposition pendant 6 mois. Ensuite, ils doivent se rendre dans des centres hors commune, voir hors département. »

Quand aux services sociaux, Nadia Aouassi préfère ne pas en entendre parler : « Quand je suis allée les voir pour trouver de l’aide, ils connaissaient ma situation. L’assistante m’a juste répondu : « ici on n’est pas une agence immobilière, débrouillez-vous. » Ils sont méprisants, la société vous pousse à la déchéance. Qu’est-ce qu’on doit faire quand on ne sait plus à qui s’adresser ? » Michel Abada, autre membre de l’association Don Quichotte, n’a pas encore trouvé la réponse. Après un licenciement qu’il considère abusif, il s’est vu retirer le RMI. Aujourd’hui, il est toujours sans ressources.

Dans la nuit de mardi, une SDF de 45 ans est morte dans les rues de Cannes. Parallèlement, le bras droit de la ministre du logement, M. Jean-Paul Bolufer, bénéficie d’« un appartement à loyer modéré de la ville de Paris ». Quand les pauvres ne sont plus considérés comme des être humains, quand les riches s’enrichissent à leur profit, qu’est-ce qu’il reste ?

Par soucis d’anonymat, certains noms ont été modifiés.


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