Publié par : nesshel8 | 14 décembre 2007

Protection des journalistes, une nécessité controversée

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Protection des journalistes, une nécessité controversée

Son nom est Del Rio, Denis Del Rio. Incisif, provocant, réactif, grand brun charmeur au rire communicatif. S’il est avachi en ce 14 décembre dans le fauteuil couleur canari du collège international de Cannes c’est pour parler de la protection de la presse.

Maître Del Rio est avocat au barreau de Nice spécialisé dans le droit de la presse et la protection des journalistes. Costard rayé, chemise bleutée, mocassins cirés, son rire fait écho dès les premières questions : « oui les journalistes ont souvent besoin d’avocats. (…) Toute liberté d’expression est l’objet d’une libre critique, dont les critiques judiciaires pour les abus. C’est la démocratie. » Si Del Rio a choisi cette spécialité, ou « si cette spécialité l’a choisi », c’est qu’il croit en une société de démocratie : « je pense qu’on a de la chance de vivre en France. Ici, ça semble être une évidence, mais le métier de journaliste n’est pas garanti partout dans le monde. » Une chance limitée. A la 31e place dans le classement de RSF (Reporters sans frontières) pour la liberté de la presse, maître Del Rio reconnaît que le système français a « des manquements ». La défense dans le domaine du terrorisme en est l’exemple, du point de vue judiciaire comme médiatique : « quand, en 2003, le ministre de l’intérieur M. Sarkozy s’est écrié: « on a arrêté l’assassin d’Erignac ! », il est passé au-delà de la justice. Et les journalistes n’étaient absolument pas critiques. » Pour Denis Del Rio, ce qui manque à la presse d’aujourd’hui, plus qu’une réelle protection de ses droits et de ses libertés, c’est une opinion. Garde-fous de la démocratie, il reproche aux journalistes de se laisser aller à la « complaisance envers les plus forts et à la force envers les plus faibles ».

« Ce qui n’est pas avouable, n’avouez pas. »

29 juillet 1881, la presse française est libre. Certes, le journaliste participe à la liberté d’expression. Mais qui dit expression dit restriction. D’où la question polémique de la protection des sources. Pour Me Del Rio : « le journaliste témoin ne peut être contraint de déclarer ses sources. Mais s’il n’est pas entendu comme témoin, il n’y a plus de protection,(…) il reste la protection du silence. » La perquisition dans les rédactions en est l’écho. C’est une « habitude terrifiante » qui prolifère dans les couloirs de la rédaction du quotidien Nice Matin. Del Rio propose une parade infaillible : « y’ avait, y’a plus. Ce qui n’est pas avouable, n’avouez pas. » Point final. Remède discutable. Le cas a récemment alimenté l’actualité à travers le nom de Guillaume Dasquié. Journaliste au Monde, il publie en avril dernier des documents de la DST (Direction de la surveillance du territoire) concernant les attentats du 11 septembre. Mis en examen et interrogé par les policiers sur l’identité de ses sources, il craque. Qu’est-ce qui peut légitimer la publication d’informations tenues secrètes ? Pour toute réponse, Me Del Rio cite Cocteau : « un secret a toujours la forme d’une oreille ». Au journaliste de savoir tendre l’oreille au moment opportun.

 


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