« J’ai été emmenée par les janjawids (…) en même temps que des dizaines d’autres filles. (…) Pendant la journée, ils nous ont battues (…) Ils nous ont violées plusieurs fois. Les Arabes nous gardaient avec des fusils.» Le message est clair, l’interprétation variable. Ce conflit rase des dizaines de villages et tue des millions d’innocents, mais il reste incompris de beaucoup.
Février 2003. Le SLA (Armée de libération du Soudan) lance un raid contre la capitale de Darfour nord, El-Fashir. Commence un des conflits les plus meurtriers de notre siècle. C’est aussi le début des négociations entre le Nord et le Sud du Soudan. En 2005 sont signés les accords de Naivasha (Kenya). Des négociations attendues depuis plus de 20 ans. Des négociations controversées. Le Darfour est une région riche mais marginalisée par le pouvoir central de Khartoum. Depuis les accords de Bretton Woods, les terres ont été redistribuées entre le pouvoir et les riches exploitants. Commence une production agro-pastorale du gouvernement. Les pauvres défrichent, les riches récoltent. L’agriculture intensive dénature les terres, la sécheresse, le manque d’eau. De plus en plus, les terres et les richesses pétrolières sont convoitées. Richesses pétrolières découvertes au Darfour … en 2003. Les accords de Naivasha ne mentionnent pas ce fait. Le gouvernement de Khartoum compte-t-il se les accaparer ? Du point de vue politique, administratif ou militaire, les habitants sont oubliés, ignorés. Les accords en cours entre Khartoum et le sud Soudan n’arrangent rien. Les intellectuels du Darfour, les étudiants et les autres, le sentent bien. Pour eux, il est temps d’agir. Si la Communauté internationale ne s’en mêle pas, ils rendront la justice eux-mêmes. Des groupes de rebels organisent la lutte armée.
Les janjawids, bras armés du pouvoir, entrent dans le conflit
Le JEM (Mouvement pour la justice et l’égalité) est essentiellement composé de zaghawas. Plus qu’une simple redistribution des richesses, leur but vise le niveau national. Ils sont proches de la politique de l’islamiste El-Tourabi, anciennement allié à l’actuel dirigeant Omar El-Béchir, aujourd’hui écarté du pouvoir. Quand commence la lutte contre Khartoum en 2003, le SLA se divise en deux groupes armés. Eux réclament une gestion des ressources équitables, plus de reconnaissance pour les périphéries et 13% du pétrole pour la consommation des indigènes. Tchad, Libye, Erythrée, Chine, les armes affluent de tout bord. La population est enrôlée. La guerre contre le gouvernement soudanais est enclenchée. Face au raid d’El-Fashir, le gouvernement répond. Les janjawids, ou « cavaliers du diable », sont des arabes nomades. Depuis la sécheresse des années 80, ils convoitent les terres des pasteurs et des paysans sédentaires. La belle aubaine. Ils seront le bras armé du pouvoir. Pourquoi chercher à maîtriser une foule quand on peut contrôler un groupuscule à sa solde ? Omar El-Béchir les arme, leur donne carte blanche, le massacre commence, la « politique de la terre brûlée ». Pour les victimes, pas de vols, pas de pillages. Plutôt viols, meurtres de masse, incendies. La solution est radicale. Dans son livre, Darfour, un génocide ambigü,Gérard prunier écrit : « Khartoum commença à prendre des mesures qui introduisaient une dimension génocidaire dans le conflit, car au-delà des massacres, elles visaient à empêcher la survie des survivants ». Des milliers, des centaines de milliers de darfouris sont contraints « d’évacuer ». Pour Marc Lavergne, chercheur au CNRS spécialisé dans le conflit du Darfour, « ce sont des pauvres qui se battent contre des pauvres. (…) Les miliciens sont tout simplement des gens prolétarisés. Ils se retrouvent sans travail, le gouvernement les arme et leur dit « vous pouvez faire ce que vous voulez, voler, piller, (…) C’est une guerre d’exploitation économique (…) Les grandes compagnies agro-industrielles du Golfe, saoudiennes, émirates, pourraient être tentées d’investir dans ces terres que l’on trouve également dans la province du Darfour. »
Le Soudan et le Tchad se font la guerre par l’intermédiaire des groupes armés
Plus qu’une terre d’accueil pour les centaines de réfugiés qui débarquent chaque jour, le Tchad, depuis le début du conflit, joue un rôle fort. Bien sûr les dizaines de camps de réfugiés créés déstabilisent l’économie des villages voisins. Mais çe n’est pas la première préoccupation du président tchadien Idriss Déby. Au commencement, les troupes de l’armée tchadienne désertent les rangs pour soutenir les groupes armés contre le gouvernement de Khartoum. Effet gênant quand on sait qu’ Omar El-Béchir a été par le passé un allié important pour Idriss Déby. Il faut réagir. Le président tchadien envoie à son homologue soudanais des renforts … mais tout ne se passe pas exactement comme prévu. Les membres des troupes appartiennent à la même ethnie que les zaghawas, ils sont frères de sang. Ils se battront ensemble. El-béchir, irrité par ce revers de situation, se retourne contre Déby. Il soutient les mouvements rebels tchadiens. En décembre 2005, N’Djamena, capitale du Tchad, est attaquée par des groupuscules rebels venus du Soudan. Idriss Déby change son fusil d’épaule. Il s’allie aux groupes armés contre le gouvernement de Khartoum. Les enjeux ne sont plus les même. Cette fois, c’est Idriss Déby lui-même qui est menacé. Car si Khartoum gagne, il perd tout. Le conflit du Darfour prend une nouvelle ampleur. Le Soudan et le Tchad se battent par l’intermédiaire des groupes armés, les conflits inter communautaires au Tchad sont relancés. Pour l’heure, tout n’est pas perdu pour Idriss Déby. Depuis que les médias couvrent le conflit, il est devenu la victime de la tentative d’arabisation du Soudan. Les dés sont lancés.
Le conflit se morcelle
En 2006, la Communauté internationale prend les choses en main. Le 05 mai 2006, les accords d’Abuja (Nigéria) sont signés. Ils réclament le désarmement des milices janjawids, l’insertion des groupes rebels dans l’armée, une indemnisation des victimes et un processus de réconciliation entre les différentes communautés. Problème réglé ? Pas encore. Car si le gouvernement de Khartoum signe ces accords de paix, seulement un des deux groupes rebels accepte le compromis. Le SLA (ou les deux groupes issus du SLA) refuse. Une nouvelle guerre commence entre signataires armés par El-Béchir et non-signataires. Le gouvernement relance les janjawids. Mais les enjeux ont changé. Ils veulent plus. Ils deviennent autonomes, le gouvernement ne contrôle plus les milices qui sont sous sa tutelle, la guerre continue entre signataires et non-signataires des accords d’Abuja. Les réels enjeux politiques s’effacent et laissent place au banditisme. L’appétit des chefs rebels est de moins en moins inassouvi. Aujourd’hui, il existe une dizaine de groupes armés et de milices indépendantes. L’aviation nationale bombarde les villages et harcèle les rebels. Petit à petit, le conflit se morcelle. Il n’en est que plus dur à gérer. Il devient plus dur à résoudre.

je m appelle mohamed je viand de darfour soudan je ah en frances tele 0033322302388 p .0033622652893 chakan
Par mohamed seliman le 20 mai 2008
à 9:46