Tu commences sérieusement à me stresser. Je peux plus te supporter. Tous les week-end six heures du mat’, tu m’rappelles à l’ordre. Je le sais que c’est l’heure d’aller bosser ! Et ces après-midi de déprime à écrire des courriers administratifs, ces disputes inévitables chaque fois que je lui parle d’argent, c’est toujours ces moments-là que tu te délectes à faire durer.
Et chaque 31 décembre, tu me ris au nez quand le chrono défile avec les petits moments que j’ai pas vu passer. Quand Amandine pleure tout ce que son corps lui permet, tu te caches derrière ses larmes pour qu’on se souvienne qu’il est l’heure de se quitter, quand il me parle de ses filles, je te retrouve dans la mélancolie qui fait trembler sa voix, quand son odeur me manque, tu hisses entre nous ces barrières indestructibles. Cette nuit où nous l’avons vu pour la dernière fois, allongé sur les draps blancs avec cette odeur de moisi, le visage recouvert de crème pour cacher ses blessures, t’étais encore là, toujours là pour bourdonner à mes oreilles que la vie est courte.
C’est vrai, je n’ai pas que des reproches à te faire. Tu étais là ces après-midi de pâte à sel sur la terrasse ensoleillée, dans ces chansons que papi nous chantait pour nous apprendre la vie, et cette soirée magique où il m’a avoué son amour, tu te reflétais dans la sueur qui perlait sur son front, et j’ai compris que cet instant était indélébile. Et tous les ans tu reviens, quand papa écoute des chansons de Noël en préparant la crèche, quand maman nous offre ses cocoyes encore chauds à Pâques, quand nous sommes réunis tous les six à la table familiale.
Quand j’imagine le bébé qu’on aura tous les deux, sa couleur de cheveux, la forme de ses yeux, quand je nous vois ensemble dans les rues de Shangaï, nos mains enlacées, tu me chuchotes que nous sommes immortels. Finalement, même si souvent je peux pas te souffrir, même si tu me fais vivre des trucs durs à encaisser, c’est grâce à toi si je suis née à 16h04 clinique Bouchard, dans une famille que je chéris, c’est grâce à toi si j’ai connu tous ces gens, ces moments qui m’ont permis d’avancer. C’est ce qui me construit, c’est ce que je suis. Merci.
Felicitations pour ton texte, j’étais encore émue … Courage pour ton blog !!
gros bisous, a lundi petite fée
clara
Par clara le 8 décembre 2007
à 10:51